Que deviennent les dettes après un décès aux EAU ? Prêts, cartes de crédit et héritiers
Aux EAU, les cartes de crédit, prêts et crédits immobiliers d'un défunt sont payés sur sa succession avant tout héritage. La famille n'est pas personnellement tenue, sauf co-emprunteur ou garant. Ce que font les banques, comment la succession règle les dettes et ce que les héritiers doivent, ou non, payer.

Lorsqu'une personne décède aux Émirats arabes unis en laissant un solde de carte de crédit, un prêt personnel, un crédit auto ou un prêt immobilier, la dette ne disparaît pas. Mais elle ne passe pas non plus dans la poche de la famille. La créance de la banque porte sur la succession : ce que le défunt laisse sert d'abord à payer les créanciers, et seul le reste revient aux héritiers. Un conjoint, un enfant ou un frère n'est personnellement tenu que s'il a lui-même signé pour la dette, par exemple comme co-emprunteur ou garant.
Cette distinction, succession d'un côté, famille de l'autre, est rarement expliquée aux proches endeuillés. C'est aussi celle que certains appels de recouvrement entretiennent dans le flou.
Qui paie les dettes d'une personne décédée aux EAU ?
La succession paie, avant que quiconque n'hérite. Le droit émirien fixe un ordre clair pour ce qui arrive aux biens d'une personne après son décès.
Pour les successions régies par la loi fédérale sur le statut personnel (décret-loi fédéral n° 41 de 2024), l'article 201 prévoit :
- la préparation du défunt et ses funérailles, de manière convenable ;
- le règlement des dettes du défunt ;
- l'exécution du testament, dans la limite du tiers sauf accord des héritiers pour davantage ;
- le partage du reste entre les héritiers.
Pour les successions de non-musulmans relevant du statut personnel civil, le règlement d'application (résolution du Conseil des ministres n° 122 de 2023, article 25) fixe un ordre comparable : frais funéraires, frais de gestion de la succession et d'exécution du testament, rémunération de l'exécuteur ou de l'administrateur, puis dettes, le tout avant l'exécution du testament ou toute distribution.
Le principe commun est ancien et simple : pas d'héritage tant que les dettes ne sont pas payées. Les héritiers reçoivent l'actif net, pas l'actif brut.
Les membres de la famille sont-ils personnellement responsables des dettes du défunt ?
En règle générale, non. C'est la personne qui a signé le contrat de prêt ou de carte qui doit la somme. À son décès, le créancier se retourne contre sa succession et contre les garanties qu'elle a données à la banque, pas contre l'épargne, le salaire ou les biens de son épouse, de son mari, de ses enfants ou de ses parents.
Les tribunaux émiriens l'ont appliqué en matière bancaire. Dans une décision rapportée par des cabinets d'avocats émiriens, la Cour de cassation d'Abou Dhabi a limité la responsabilité des héritiers pour la dette bancaire d'un client décédé à la valeur de la succession reçue et aux sûretés fournies par le défunt, sans l'étendre à leurs biens personnels. La Cour s'est fondée sur le principe successoral ci-dessus et sur l'article 121 bis de la loi sur la Banque centrale, qui impose aux banques d'obtenir des garanties suffisantes pour les financements accordés aux particuliers (CBUAE Rulebook).
Il existe de vraies exceptions, et toutes dépendent de ce que vous avez signé :
- Co-emprunteur ou co-demandeur : vous êtes emprunteur à titre personnel et restez tenu.
- Garant : la garantie personnelle que vous avez donnée reste votre engagement.
- Chèque de garantie ou autre sûreté fournie par vous : la banque peut s'en prévaloir.
- Dette aux deux noms : vérifiez le contrat ; votre part ne s'éteint pas avec le décès de l'autre.
Si rien de cela ne s'applique, vous ne devez rien à la banque sur vos propres fonds. Une formule polie et ferme aide : « Merci d'adresser la réclamation à la succession. »
Que deviennent les cartes de crédit et les prêts personnels ?
En pratique, plusieurs choses se produisent dès que la banque apprend le décès :
- Les cartes sont bloquées. Les titulaires de cartes supplémentaires doivent cesser de les utiliser immédiatement, et personne ne doit continuer à utiliser la carte, l'application ou la banque en ligne du défunt.
- Les comptes sont gelés. Les banques bloquent les comptes d'un client décédé jusqu'à ce qu'un document judiciaire désigne qui peut disposer des fonds. Nous expliquons cette étape dans ce qu'il advient d'un compte bancaire après un décès aux EAU.
- Le solde dû devient une créance sur la succession. La banque la fait valoir dans la procédure successorale comme tout autre créancier.
- Une assurance peut couvrir tout ou partie. De nombreux prêts et certaines cartes sont vendus avec une assurance décès ou une assurance protection des paiements. Demandez par écrit à la banque si une police existe, réclamez-en une copie et transmettez l'acte de décès pour ouvrir un sinistre. Ne supposez pas qu'il n'y en a pas.
Les intérêts et frais postérieurs au décès sont une question à poser à la banque et, si nécessaire, à un avocat. Nous n'avons pas trouvé de règle officielle valable dans tous les cas, nous n'en donnons donc pas ici.
Et un prêt immobilier ou un crédit auto ?
Les dettes garanties fonctionnent un peu différemment, car la banque détient une sûreté sur un bien précis.
- Prêt immobilier : l'hypothèque reste inscrite sur le bien. Les héritiers, ou l'exécuteur, peuvent généralement choisir entre rembourser le prêt (souvent grâce à une assurance décès, couramment exigée pour ces prêts) et vendre le bien, la banque étant payée sur le prix. Le bien ne peut pas simplement être transféré libre d'hypothèque.
- Crédit auto : le véhicule est en général gagé au profit de la banque dans le registre des véhicules. Le prêt doit être soldé, ou le droit de la banque réglé, avant toute vente ou tout transfert.
Comment la succession règle-t-elle concrètement les dettes ?
Par la procédure judiciaire, et non par la famille qui paierait les créanciers un à un.
Selon le chapitre consacré aux successions de la loi fédérale sur les transactions civiles (décret-loi fédéral n° 25 de 2025, en vigueur depuis le 1er juin 2026), un exécuteur confirmé ou désigné par le tribunal prend en charge la succession, inventorie l'actif et le passif, avise les créanciers et paie, avec l'autorisation du tribunal, les dettes non contestées. Les dettes contestées attendent la décision du juge. La même loi interdit à un héritier de disposer des biens successoraux ou d'encaisser les sommes dues à la succession avant d'avoir reçu un certificat de sa part, et une fois la désignation de l'exécuteur inscrite, les créanciers agissent contre la succession par son intermédiaire.
Pour un non-musulman disposant d'un testament enregistré au DIFC, l'exécuteur désigné demande l'homologation (probate) aux DIFC Courts et traite les dettes dans ce cadre. Notre guide pas à pas sur la procédure de probate d'un testament DIFC la détaille.
Deux mises en garde pratiques pour les familles :
- Ne payez pas les dettes de la succession avec votre propre argent sauf décision prise après conseil. Ce n'est généralement pas exigé, et le remboursement peut être lent.
- Ne prenez pas et ne vendez pas les biens du défunt trop tôt, même avec de bonnes intentions. Distribuer avant de connaître les dettes peut exposer celui qui a reçu les biens aux créanciers plus tard.
Un testament peut-il protéger votre famille de vos dettes ?
Un testament ne fait pas disparaître les dettes : elles sont payées avant l'exécution de tout testament. Il rend en revanche le processus plus rapide et plus serein :
- désigner un exécuteur testamentaire de confiance pour traiter avec les banques et les créanciers dès le premier jour ;
- réduire le risque d'un long litige sur la représentation de la succession ;
- s'articuler avec une assurance adaptée, pour que les prêts soient soldés par une police plutôt que par la vente du logement familial.
Sans testament, la famille doit généralement attendre que le tribunal établisse la liste des héritiers et, si nécessaire, désigne un gestionnaire de la succession. Si vous êtes non-musulman avec des biens ou des prêts à Dubaï, un testament enregistré au DIFC est une façon courante de s'y préparer.
Questions fréquentes
Dois-je payer la dette de carte de crédit de mon mari après son décès aux EAU ?
Pas sur vos propres fonds, sauf si vous avez signé comme co-emprunteuse ou garante, ou remis un chèque de garantie à la banque. La dette est payée sur sa succession avant tout héritage.
Les enfants sont-ils responsables des prêts de leurs parents aux EAU ?
Non, pas personnellement. Les enfants héritent seulement de ce qui reste après le paiement des dettes du parent, et la créance de la banque se limite à la succession et aux sûretés données par le parent.
Que se passe-t-il si les dettes dépassent la succession ?
Les créanciers se partagent l'actif selon les règles de priorité, et les héritiers ne reçoivent rien. Les héritiers qui n'ont pas signé pour la dette n'ont pas à combler le manque sur leurs biens personnels.
Le garant doit-il encore payer si l'emprunteur décède ?
En général, oui. La garantie est l'engagement propre du garant envers la banque, et le décès de l'emprunteur ne l'annule pas. Lisez l'acte de garantie et prenez conseil avant de payer.
The Deed Box accompagne les familles aux EAU et à l'étranger pour les testaments, les procurations et les documents nécessaires à une succession. Nous ne sommes pas un cabinet d'avocats : en cas de litige avec une banque ou de succession complexe, consultez un avocat agréé aux EAU.
Sources consultées le 30 octobre 2026 : décret-loi fédéral n° 41 de 2024 sur le statut personnel (article 201) ; résolution du Conseil des ministres n° 122 de 2023 (article 25) ; décret-loi fédéral n° 14 de 2018 sur la Banque centrale, article 121 bis (ajouté par le décret-loi fédéral n° 23 de 2022) ; décret-loi fédéral n° 25 de 2025 sur les transactions civiles (chapitre sur la liquidation des successions) ; décision rapportée de la Cour de cassation d'Abou Dhabi sur la responsabilité des héritiers pour les dettes bancaires. Information générale, pas un conseil juridique ; les textes officiels en arabe font foi.